| Certains veulent bâtir des murs, nous choisissons de construire des ponts pour relier les rives |
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Malgré des décennies d’efforts des organisations non gouvernementales de coopération au développement et d’organismes nationaux et internationaux actifs en ce domaine, force est malheureusement de constater que plus d’un milliard d’êtres humains continuent à partager des conditions d’extrême dénuement. Ils vivent dans les nations dites les plus pauvres (PMA), dans des zones ou des régions délaissées de leur pays, font partie des classes sociales marginalisées et exploitées ou se retrouvent dans des camps de réfugiés.
L'europe entoure ses frontières de barbelés Il serait vain ici de présenter de façon exhaustive la multitude de facteurs internes et externes qui, dans leurs dynamiques interactives et avec des degrés d’intensité variable selon les pays, font obstacle au développement. Soulignons-en simplement quelques-uns: les traces encore profondes laissées par le colonialisme, les échanges inégaux, l’endettement et les plans de réajustement, les politiques économiques tournées uniquement vers l’exportation, le pillage des ressources, les résistances culturelles au changement, la mauvaise gouvernance et l’existence de pouvoirs politiques prédateurs soutenus par des gouvernements du Nord, le manque de capacité organisationnelle des mouvements sociaux et la répression dont ils sont l’objet, les changements climatiques et la destruction d’équilibres environnementaux fondamentaux, la poussée démographique dans certaines zones du monde etc. Cette situation rendue encore plus insupportable par la richesse affichée par les pays nantis oblige indéniablement des millions d’êtres humains à fuir les pays où ils vivent.
Face à ces migrations, la communauté européenne construit des murs qui grangrènent le fondements mêmes de nos démocraties.Face à cette réalité, la communauté européenne et les gouvernements qui la composent ont privilégié des politiques visant à décourager et stopper par tous les moyens les migrants: contrôles accrus des frontières, enfermements, refoulements, expulsions, chasse aux sans-papiers etc. TRANSFAIREs remarque que les migrations du Sud vers le Nord sont fort limitées par rapport à celles du Sud vers le Sud et souligne par conséquent l’inanité des moyens humains et financiers mobilisés pour les endiguer. Ces politiques répressives, outre leurs gigantesques coûts financiers qui pèsent lourdement sur les budgets étatiques et de la CEE, traduisent de la part des pays qui les appliquent d’une vision étriquée et ethnocentrique qui, à terme, est suicidaire pour l’avenir de notre planète. En effet, elles occultent les facteurs démographiques, environnementaux, économiques, politiques et sociaux à l’origine des migrations qui constituent autant de défis lancés tant aux peuples du Sud que du Nord, nient leurs impacts positifs, historiquement avérés, tant sur la société d’accueil que d’origine et gangrènent les principes et fondements qui préservent et perpétuent nos démocraties: solidarité, justice, respect des droits humains, libre circulation des hommes, valorisation et gestion des diversités etc.
Il est nécessaire et urgent de mettre en place de nouvelles politiques de développement.Aujourd’hui, il est donc urgent d’interpeller les autorités politiques de notre pays et de la communauté européenne et leur demander d’initier de nouvelles politiques qui, au Nord, au lieu de criminaliser les migrants qui y cherchent refuge, réaffirment la richesse de leurs apports à l’amélioration du bien être tant des populations qui les accueillent que de leurs communautés d’origine et, au Sud, contribuent à un développement harmonieux et durable des sociétés. Par delà les frontières et peut-être aussi «grâce» à la mondialisation économique et aux menaces écologiques planétaires, par delà les replis frileux, une prise de conscience d’une destinée commune s’érige peu à peu et devient le ferment d’un nouvel espoir de voir les peuples et les gouvernements du Nord comme au Sud faire face, ensemble, aux dangers qui pèsent sur eux. Ce contexte est propice à l’élaboration de nouvelles approches théoriques et pratiques du développement et partant, de la coopération.
La coopération au développement partagé, durable et interculturel : un espace d'échanges égalitaires et de construction communeTRANSFAIREs ne conçoit pas la solidarité comme un flux du Nord vers le Sud, des pays riches vers les pays pauvres, des populations aisées vers celles dépourvues mais comme un espace d’échanges diversifiés et égalitaires ainsi que d’interpellations collectives. La question n’est donc plus, pour elle, de savoir ce que le «Nord» peut apporter au «Sud» mais bien, en interrogeant le positionnement des acteurs en présence, qu’est-ce que chacun d’eux peut apporter à l’autre, qu’est ce que chacun peut demander à l’autre pour bâtir des sociétés qui rencontrent les besoins de tous les citoyens. Cette forme de coopération au développement que nous appelons "partagée, durable et interculturelle" interpelle à la fois les populations du Sud et du Nord et est fondée, entre autre, sur les échanges égalitaires, la participation citoyenne, le respect des droits de l’homme, une attention soutenue aux équilibres environnementaux, le don/contre don et l’interculturalité entendue comme la recherche permanente de cohésion sociale par une valorisation des identités et la gestion positive des différences socioculturelles. Elle suscite des liens entre les populations du «Nord» et du «Sud» qui ne sont pas basés sur une solidarité empreinte d’externalité ou d’une dépendance du plus faible vis à vis du plus fort mais sur l’affirmation d’intérêts et besoins communs qu’il est possible de satisfaire par une action conjointe. Elle peut être initiée par de nombreux acteurs du «Nord» et du «Sud»: associations, entreprises, communes, états régionaux ou fédéraux, communautés, individus etc. Elle se traduit par des échanges culturels, sportifs et économiques, des transferts et partage de compétences, jumelage entre des écoles, des quartiers, des organisations sociales ou syndicales, partenariats etc.
Valoriser, renforcer et soutenir les initiatives portées par les migrants et leurs associations.Parmi toutes ces initiatives de «coopération pour un développement partagé durable et interculturel », celles qui sont portées par les migrants et leurs associations et que d’aucuns regroupent sous le vocable de «co-développement » doivent, selon TRANSFAIREs, être valorisées, renforcées et soutenues. En se déployant tant au Nord qu’au Sud, elles déclinent de façon vivante et constructive le développement partagé que nous appelons de nos vœux. Profitables aux communautés d’origine aidées dans leurs efforts de développement et à eux-mêmes car elles donnent un sens encore plus profond et une dimension plus collective à leur trajet migratoire tout en favorisant leur intégration dans le pays d’accueil, elles offrent à tous citoyens du pays d’accueil l’opportunité de s’ouvrir à de nouvelles réalités multiculturelles, de s’interroger et d’agir sur modèle de développement emprunté par leur société ainsi que sur la place qu’ils occupent et les liens qu’ils entretiennent avec le monde. En ce sens, nous faisons nôtre la déclaration en 2006 du Secrétaire général des Nations Unies, Kofi Annan : «le co-développement est une double chance, pour les territoires d’origine, mais aussi d’accueil. Il s’agit d’un processus de développement partagé entre ‘ici’ et ‘là-bas’. Les migrants constituent le pont entre le Nord et le Sud, ils établissent un continuum entre la région d’origine, de transit et d’accueil, ils enrichissent la sémantique de la coopération». |